Baganda Sakho : L’émigration n’est pas la solution

L’actualité de la migration assure à ce livre un intérêt particulier. Baganda Sakho, un Sénégalais soninké, originaire de Koar, village à 450 à l’Est de Dakar, y raconte sa vie.

En 1974, Baganda émigre en France, à l’âge de 19 ans, s’établit à Paris et choisit le métier de plombier. Il développe ses contacts, d’abord à Paris avec les associations de migrants et d’étudiants africains puis également avec des associations s’occupant du développement rural. Grâce à celles-ci, il établit des relations avec des villes et des milieux à l’extérieur de Paris, rencontre des agriculteurs et effectue des stages dans des centres de formation agricole pour travailleurs migrants. En 1987, muni d’un brevet professionnel d’Agriculture et d’Élevage (BPAE), il retourne dans son pays.

Avant son retour, il met en place la création d’une association villageoise à Koar, puis une intervillageoise appelée Soxaana Feddé (association des paysans, en soninké) dont il reste toute sa vie animateur et non pas dirigeant. Des puits sont creusés, des formations à différents métiers sont organisées et des banques céréalières, des banques de semences ainsi que des matériels agricoles sont mises en place. Des voyages sont organisés pour voir ce qui se fait ailleurs. « Voyager est essentiel pour apporter des idées ». Un projet-clé est l’alphabétisation. Le nombre de centres d’alphabétisation passe de trois à cinquante, suivis à la fin par 80% de femmes. Après une longue préparation, des Caisses Locales d’Épargne et de Crédit sont lancées avec l’appui des Jardins de Cocagne – Solidarité Nord-Sud de Genève.
Baganda a trois épouses et vit au sein d’une grande famille, «notre concession» habitant dans une seule grande maison. Nombre des hommes vivent à l’étranger et envoient de l’argent, solidarité oblige. Avant un mariage, le choix d’une jeune mariée fait l’objet de larges consultations au sein de toute la famille.

En 2002, Baganda s’engage au niveau de la politique locale et devient, en 2009, Président de la Commune Rurale de Koar. Il se concentre sur la mise en valeur des forêts, – la production de charbon de bois étant vendue au marché de Dakar -, la maîtrise par les exploitations familiales du triangle production-transformation-commercialisation et l’amélioration de la vie des enseignants. Le désenclavement, l’eau potable et l’énergie restent les défis majeurs en 2017. Le ramassage des ordures est pris en mains et devient une réussite. Un programme climatique de la région des quatre communes explique le changement climatique et l’intérêt de planter des arbres, des haies vives, des brise-vents dans les jardins et de procéder au reboisement massif.

Une vie au service des valeurs africaines: solidarité, entraide, respect de la vie humaine. « Je suis foncièrement contre l’émigration clandestine, dit Baganda; émigrer est notre habitude mais ce n’est pas la solution et mettre un mur en béton entre le Nord et le Sud ne facilitera pas les choses ».

Jean Feyder, membre de l’ASTM

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