En 2026, tout juste après 48 jours, le Luxembourg est devenu le premier pays européen à atteindre son « Jour de Dépassement ». Dès le 17 février, le Grand-Duché avait ainsi consommé l’ensemble des ressources naturelles à sa disposition pour l’année. L’urgence de ce constat contraste avec la lenteur des négociations internationales et avec l’idée que la justice doit être au cœur de l’action — alors même que lutter contre le changement climatique, « c’est aussi protéger celles et ceux qui en meurent déjà ».
Pourtant, cette reconnaissance de l’urgence et de sa dimension profondément humaine peine encore à se traduire en mécanismes de gouvernance cohérents et efficaces. Contrairement à cette nécessité d’un cadre de justice climatique qui considère la crise climatique comme un problème social, éthique et politique, le système de gouvernance qui structure le financement climatique présente des lacunes. Il fonctionne souvent comme un espace aux règles floues, façonné par des intérêts particuliers. Un véritable Wild West, où la comptabilité créative prévaut sur l’application du principe de responsabilité commune mais différenciée. Ce fonctionnement, poreux et fragmenté, alimente une méfiance croissante, voire un désengagement vis-à-vis des structures existantes.
Face à ces méfiances, l’adoption du principe de transition juste illustre la pertinence et la capacité des mouvements sociaux à investir les espaces multilatéraux pour y inscrire des revendications fondées sur les droits, et à faire progresser des conceptions plus équitables et justes de l’action climatique. Dans cette perspective , le dérèglement climatique ne peut d’ailleurs pas être dissocié des autres formes de violence systémique qui structurent les inégalités mondiales. Ainsi, les luttes pour la justice climatique s’articulent de plus en plus avec d’autres combats – notamment contre le militarisme – en s’attaquant aux structures matérielles qui produisent à la fois la destruction écologique et la souffrance sociale.
Ces opportunités de victoire semblent s’installer au sein de processus de négociation marqués par une forte inertie. Ils semblent suivre une logique cyclique, alternant des moments présentés comme décisifs et des périodes d’attente prolongée, sans véritable inflexion structurelle.
L’action climatique internationale apparaît ainsi de plus en plus fragmentée, traversée par des divisions profondes entre – et au sein – des États, des industries et des sociétés civiles. De nouvelles formes de gouvernance émergent : multiplication des forums, initiatives parallèles, ou encore alliances bilatérales cherchant à contourner les blocages du multilatéralisme. Face à la lenteur des processus et aux impasses persistantes, certaines initiatives étatiques prennent le relais.
Pendant que nous rédigeons ces lignes, le Vanuatu prévoit de porter devant l’Assemblée générale des Nations unies une résolution visant à renforcer la portée de l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice sur le climat, rendu l’année dernière. Une démarche qui illustre la volonté croissante de transformer les avancées juridiques en leviers d’action politique, et de consolider une responsabilité internationale face à l’urgence climatique. [3]
Bibliographie
[1] Votum Klima, « Jour du dépassement 2026 : le Luxembourg, 2e plus grand pays du monde ? », Action Solidarité Tiers Monde, Communiqué de Presse, 17 février 2025. Consultable sur : https://astm.lu/jour-du-depassement-2026-le-luxembourg-2e-plus-grand-pays-du-monde/
[2] Greenpeace, Médecins Sans Frontières Luxembourg, « Jour du dépassement : Greenpeace et MSF tirent la sonnette d’alarme », Communiqué de Presse, Greenpeace, 17 février 2025. Consultable sur : https://www.greenpeace.org/luxembourg/fr/communiques-de-presse/23722/jour-du-depassement-greenpeace-et-msf-tirent-la-sonnette-dalarme/
[3] Social Media Package_UNGA Resolution on ICJAO, shared by Climate and Energy Programme, Center for International Environmental Law (CIEL), CAN-Talk Réseau


