La crise sanitaire: crise surprise?

La crise actuelle ne peut pas être analysée comme une ‘crise surprise’ causée par une circonstance imprévisible qui a altéré de façon massive la logique du système en place et qui a provoqué des conséquences imprévisibles et inattendues. Il y a des années que beaucoup d’institutions, même à l’intérieur du système, parlent de l’extrême fragilité du modèle de développement actuel dans sa forme d’hyper-finance et écologiquement dévastatrice. La forme que pouvait prendre une nouvelle crise n’était pas claire et s’attendre à un facteur déclenchant du type Leman Brothers était une possibilité mais pas la seule

La COVID-19 n‘est peut-être que cela, un événement aux répercussions énormes sur l‘économie productive et reproductive, mais aussi le déclencheur d‘une crise plus profonde qui se préparait depuis un certain temps. En fait, les médias économiques, les institutions financières internationales, les économistes orthodoxes et critiques et les organisations sociales disaient depuis longtemps qu‘il existait un risque et des signes clairs d‘une nouvelle crise économique et financière.

Tel que très bien expliqué par Michel Aglietta1, la pandémie actuelle est un phénomène naturel qui n‘est pas sans lien avec la dégradation de la biodiversité. Car la biodiversité est un amortisseur de la diffusion d’agents pathogènes. De son côté, le changement climatique, en provoquant la fonte du permafrost, diffuse des virus depuis longtemps enfouis, et donc inconnus. Le « choc » n’est donc pas exogène, comme les économistes aiment représenter toute « anomalie » échappant à leur conception idyllique des économies de marché. Par sa brutalité et sa globalité, cette crise met en lumière la dégradation des rapports entre les sociétés et leur milieu naturel.

L‘un des éléments clés de cette crise est le niveau d‘endettement élevé dans le monde. Ce que remet en question le système en ce moment, c‘est que le niveau d‘endettement mondial est de 322% du PIB mondial2, contre 147% en 2007 et devrait atteindre 342% du PIB mondial si la contraction mondiale du PIB mondial est de 5,2% dans la période post-COVID19 telle qu’annoncé par la Banque Mondiale3. Tout cela dans un contexte de taux d‘intérêt très bas qui ont encouragé les dettes publiques et privées jusqu’à un niveau absurde, injustifiable dans de nombreux cas, certainement non remboursable et absolument insoutenable à l‘échelle mondiale avec des répercussions différenciées selon les pays et les zones géographiques. Autrement dit, la dette mondiale triple plus que la richesse produite dans le monde (comme en témoigne le PIB, une mesure très inefficace qui, entre autres lacunes, ne considère pas dans son calcul le travail de reproduction et de soins, essentiel pour la durabilité de la vie).

La situation dramatique dans laquelle nous sommes ne sort pas de nulle part. Elle est aussi la conséquence directe des politiques désastreuses d’austérité qui ont affaibli notre système public de santé, nos services publics et notre sécurité sociale un peu partout. Rappelons qu’entre 2011 et 2018, la Commission européenne a recommandé à 63 reprises aux États membres de l’UE de privatiser certaines parties du secteur de la santé ou de réduire les dépenses publiques en matière de santé4.

Ce qui vient maintenant avec la crise de la Covid19, c‘est une réduction assurée de la consommation à l‘échelle mondiale avec des effets naturels sur la collecte des impôts partout : baisse de la TVA, des taxes sur les hydrocarbures, des impôts sur les sociétés et des impôts sur le revenu des particuliers. Cela aura de terribles répercussions budgétaires et, dans le cas particulier de l‘Union européenne qui fonde ses recettes sur un% de la TVA perçue par les États membres et un% sur le PIB, cela modifie totalement son budget pluriannuel 2021-2027 et met en danger nombre de ses politiques (programme de recherche, PAC et autres). Il faut également ajouter une baisse évidente et brutale du tourisme de masse au cours de l‘été 2020 dans de nombreuses régions d‘Europe (Espagne, Catalogne, Italie, France, Grèce) qui provoquera un chômage de masse dans ce secteur et dans les secteurs qui y sont liés (hôtels, transport aérien, etc.). Les économies qui ont spéculé sur le territoire et qui ont généré une dépendance malsaine à l‘égard de l‘industrie du tourisme en souffriront d‘une manière particulière. Ce sont les effets du modèle touristique existant (croissance disproportionnée des aéroports, hôtels, …) basés sur l‘hyperconnectivité globale qui rendront la sortie de crise difficile car tout aura beaucoup changé en termes d‘habitudes et des possibilités de consommation. L‘industrie automobile, qui est assez importante en Europe, sort également avec beaucoup d‘incertitude quant à son évolution à court terme (cas Renault, Nissan et autres à venir).

L’Agence internationale de l’énergie s’attend aussi à une baisse de la demande de pétrole en 2020, avec des effets sérieux sur l’économie mondiale. Il s’ensuit que la chute du prix du pétrole et des autres matières premières renforce le risque d’une dépression économique globale. Surtout, l’extension de la pandémie en Afrique aurait des conséquences dramatiques d’autant que les exportations de matières premières s’effondrent5.

Tel que l’expliquent les données du EURODAD (European Network on Debt and Development)6, le nombre de pays tributaires des exportations de produits de base est passé de 92 en 2002 à 102 en 2017, et en raison du coronavirus, on estime qu‘il pourrait y avoir une réduction de plus de 50 milliards de dollars des exportations mondiales. Seule une initiative politique d‘envergure internationale par les gouvernements et les forces progressistes du monde entier qui propose une annulation générale de la dette publique peut avoir un sens à l‘heure actuelle.

Dans la zone euro, la hausse de la dette devrait être moins forte en passant de 84,1% du PIB à 97% du PIB. Parmi les pays qui devraient souffrir le plus, l‘Italie apparaît en première ligne. En effet, l‘économie italienne est la première à avoir été touchée en Europe par le virus. Le poumon économique de la Lombardie a été rapidement frappé par cette crise sanitaire faisant des victimes par milliers. En outre, l‘économie italienne est minée par une croissance morose depuis des années, une productivité au ralenti, et de forts déséquilibres territoriaux entre le Nord et le Sud. Les plans de soutien annoncés par le gouvernement de Giuseppe Conte pourraient faire grimper la dette de plus de 20 points, passant de 134,8% à 155,5% en 2020.

Ces situations de surendettement ne signifient pas que le capital spéculatif (sous forme de fonds vautours) disparaît, au contraire, c‘est leur moment et c‘est là qu’ils se sentent le plus à l‘aise (très bien expliqué et analysé par Naomi Klein avec sa doctrine du choc7). De nombreux actifs boursiers peuvent perdre de la valeur et être facilement acquis à des prix dérisoires.

Le changement climatique est également étroitement lié aux événements actuels et anticipe ce que pourrait devenir de futures crises sanitaires à l‘échelle européenne d‘une ampleur peut-être plus grande que celle d‘aujourd‘hui. Au cours des 50 dernières années, les activités humaines, et en particulier l’utilisation de combustibles fossiles, ont envoyé des quantités suffisantes de CO2 et d’autres gaz à effet de serre pour retenir davantage de chaleur dans les couches basses de l’atmosphère et avoir une incidence sur le climat mondial. Au cours des 130 dernières années, la température a augmenté d‘environ 0,85°C dans le monde. Au cours des 25 dernières années, le taux s‘est accéléré à 0,18°C de réchauffement par décennie. Le changement climatique est le grand défi de santé publique du 21e siècle. Aujourd‘hui, environ un tiers de la population mondiale souffre de pointes de chaleur au moins 20 jours par an. D‘ici 2100, cette proportion atteindrait 70% de la population si rien n‘est fait pour limiter le changement climatique. Les vagues de chaleur (comme l‘été australien de 2019/20) deviendront la norme.

Voir les interrelations

Comme le chercheur iranien Mohsen Shahmanesh l’explique très bien8, nous partageons cette planète avec des millions d‘espèces. Les espèces microscopiques et submicroscopiques (bactéries, archées et virus – organismes non cellulaires) représentent le pourcentage le plus élevé de biomasse terrestre par rapport à toutes les formes de vie cellulaire réunies ; y compris toutes les plantes et animaux. Les virus se distinguent non seulement par leur diversité, mais aussi parce qu‘ils ne peuvent pas se propager seuls et doivent pénétrer dans les cellules d‘un hôte et détourner leur mécanisme de reproduction pour produire des copies d‘eux-mêmes. Une fois que le virus pénètre dans une nouvelle espèce, il doit pouvoir passer à des nouveaux hôtes pour survivre. Un virus réussi est le moins dommageable pour l‘hôte, ce qui lui donne le temps de passer à un autre avant que le premier hôte ne le supprime. Les pandémies modernes se caractérisent donc par une propagation rapide et sont presque exclusivement d‘origine virale.

Toutes les pandémies sont nourries par les mouvements de populations et cette mobilité a augmenté de façon exponentielle au cours du siècle dernier. Le transport moderne a non seulement réduit notre planète, il a considérablement réduit le temps nécessaire pour se déplacer d‘un endroit à un autre. Ici, la vitesse de transport joue un rôle important, comme dans les épidémies de grippe et, bien sûr, dans la pandémie actuelle de la Covid-19.
Nous devons aussi voir l‘interrelation entre la production, l‘industrialisation du sport et de la religion, la pauvreté et la propagation d‘agents infectieux. Ce que les bidonvilles, les camps de réfugiés, les usines bondées, les dortoirs de travailleurs, les marchés bondés, les matchs de football, les rassemblements religieux, etc. ont en commun, c’est la proximité des personnes.

Mais une autre forme de densité de population qui est souvent oubliée est celle des animaux domestiques entassés dans les fermes industrielles. Selon certaines estimations, nous avons actuellement un milliard de vaches, un milliard de porcs et 20 milliards de poulets sur notre planète, ce qui équivaut à tous les animaux de compagnie au cours des 10 000 dernières années réunis9. En outre, ils se sont progressivement concentrés sur des exploitations de plus en plus grandes. En 1967, il y avait un million de fermes porcines aux États-Unis, qui ont été réduites à 100 000 en 2005. Actuellement, plus de la moitié de la viande élevée dans le monde est produite dans des fermes industrielles. Cette concentration d‘animaux domestiques facilite le mouvement des virus entre les mêmes espèces, mais implique également un plus grand nombre d‘animaux en contact étroit avec les oiseaux et les chauves-souris, permettant la transmission entre espèces.

La Xarxa d’economia Social i Solidària (XES)10 a dénoncé que la COVID19 ne tombe pas du ciel, mais est la conséquence d‘un système capitaliste patriarcal, productiviste et dévastateur, qui a altéré l‘équilibre des écosystèmes, y compris les virus et les bactéries. L‘urbanisation et la déforestation associées au développement capitaliste « forcent beaucoup de ces animaux à migrer et à s‘installer près de l‘homme, ce qui multiplie les chances que les microbes, sans danger pour ces espèces, soient transmis à l’homme et mutent en agents pathogènes », explique la déclaration du XES.

En augmentant la pertinence des pathogènes et de leurs vecteurs pour l‘habitat, les changements de réchauffement et le taux de précipitations contribueront à la propagation probable d’autres maladies11. Le paludisme, la dengue, diverses salmonelloses, le choléra, la leptospirose, etc. La fragmentation et la faiblesse des forêts augmenteront la densité des tiques qui peuvent provoquer la maladie de Lyme ou des virus tels que Hendra et Nipah. Tout cela en laissant de côté les effets catastrophiques de la décongélation des pôles et du Groenland.

Préparer l’avenir

Heureusement, l‘Italie, l‘Espagne, le sud de la France, la côte croate et la Grèce sont désormais définies comme «une zone tropicale à temps partiel», les hivers sont encore suffisamment froids pour interrompre la transmission des maladies tropicales et la paralysie industrielle de ces dernières semaines signifiera un certain soulagement de la situation climatique purement temporaire. Mais au fur et à mesure que les périodes de températures élevées se prolongent, cette „fenêtre“ par laquelle les futures pandémies entreraient va devenir de plus en plus large. Tout cela sans exclure l‘émergence de nouveaux virus respiratoires opportunistes liés à la transmission zoonotique avec lesquels le modèle actuel de mélange et de consommation humain / animal peut encore nous surprendre.

Tout cela créera de nouvelles tensions dans les systèmes de santé publique qui se sont montrés insuffisamment préparés pour faire face à cette nouvelle situation en raison des priorités politiques néolibérales et prédatrices de la plupart des gouvernements du monde.

Lorsque la première attaque sur la transmission de la COVID19 sera terminée et qu‘une certaine normalité pourra être restaurée, c‘est-à-dire que lorsque le pic de transmissions et les pics d‘hospitalisations et de mortalité subséquents auront été atteints, un plan de choc social basé sur trois valeurs et objectifs sera nécessaire et sera considéré comme urgent partout :
1. Augmentation des dépenses de santé en termes de disponibilité de ressources humaines et logistiques bien réparties sur le territoire.
2. Revenu général des citoyens pour faire face à un chômage de masse qui peut être temporaire mais qui sera dévastateur pour de nombreuses familles et auquel les mesures classiques d‘assurance-chômage ne pourront pas répondre.
3. Programme d‘assistance sociale adapté aux situations d‘extrême vulnérabilité (résidences pour personnes âgées, personnes atteintes de maladies chroniques, etc.).

A ces exigences, il faudra ajouter, sans aucun doute, celle d‘investir davantage et mieux dans la recherche et l‘innovation. Bien que seul certains pays du monde seront en mesure de répondre à cette demande.
Cela fait suite aux politiques de lutte contre la pandémie adoptée dans différents pays. Sans volonté d’exhaustivité, puisque cela exigerait beaucoup de pages on peut synthétiser deux réalités et expériences bien diverses : le Luxembourg et l’Equateur.

Politiques de lutte contre le virus: le Luxembourg et l’Equateur

Le gouvernement luxembourgeois a, de manière générale, suivi les recommandations parfois contradictoires de l’OMS et a privilégié les mesures de protection, et de confinement strict de la population. Il est vrai qu’un pays avec 626.000 habitants au centre de l’Europe n’avait pas d’autre alternative. La plus grande inquiétude du gouvernement était le risque de fermeture des frontières qui pouvait mettre en péril l’ensemble de l’économie luxembourgeoise (avec 50% des salariés transfrontaliers et 70% dans le cas des salariés du secteur santé). Le confinement au Luxembourg a touché initialement des secteurs, comme le bâtiment, qui n’ont pas été touchés dans les pays voisins tandis que les mesures sur les droits individuels ont été moins fortes que dans ces mêmes pays (activités de loisirs en plein air étant toujours autorisées, promenades dans les parcs et jardins, etc.)12.

A la différence de pays comme l’Espagne ou l’Italie, le Luxembourg a rapidement intégré dans son plan de lutte contre la pandémie les mesures à caractère social (chômage partiel à 80%, congé pour raisons familiales, aides directes ou indirectes aux entreprises et aux indépendants, prêts remboursables, etc.). De façon générale, le gouvernement a bien réagi à l’impact direct de la crise économique.

Le Luxembourg a un modèle de secteur sanitaire très particulier qui est presqu’entièrement financé par de l’argent public (état, sécurité sociale) et exploité par des consortiums publics et privés. La situation a changé pendant la crise et le secteur médical est devenu presque entièrement public pendant la crise avec le soutien du secteur privé. Presque 1 500 personnes ont été engagés pour constituer la réserve sanitaire (dans presque tous les domaines médicaux) dans des conditions de salaire très satisfaisantes. D’ailleurs tous les hôpitaux luxembourgeois ont pu être transformés en 3 semaines en des centres de prise en charge de pandémie. Même la couverture médicale universelle (CMU) a été garantie durant l’état de crise bien que les travailleurs sans papiers ou ceux avec des contrats illégaux et précaires sont restés à l’écart du système et ont été pris en charge par des asbl (ASTI, Caritas).

Comme presque dans tous les pays européens (bien qu’avec beaucoup moins d’intensité qu’en Espagne ou en France) les maisons de soins et les réseaux affiliés ont initialement constitué des foyers de contagions et de mortalité. Ses salariés ont dû travailler longtemps des journées de 60 heures par semaine et ont eu beaucoup plus tardivement accès aux outils de protections (masques de protection, combinaisons protectrices, etc.) que les salariés du milieu hospitalière. Le secteur de soins (« Altenplflege ») sous la responsabilité du ministère de la famille, n’a jusqu’à présent publié de ‘guidelines’ qu’en cas de patient contaminé laissant toute responsabilité aux maisons/réseaux privés concernés.

Le suivi climatique de la pandémie pour la période 2020-2021, a été aussi pris en considération (bien loin d’une analyse d’ensemble et d’une action internationale en accord avec le caractère de la crise) et certaines mesures du PNEC (plan climat et énergie), baptisées “Gréng Relance fir Lëtzebuerg”, ont été renforcées à courte durée. Dans le cadre du programme de relance économique “Neistart Lëtzebuerg”, elles soutiendront les citoyens et l’artisanat local et permettront de renforcer le lien entre le développement économique du pays d’une part, et la politique climatique et énergétique d’autre part.

L‘Équateur est le pays d’Amérique Latine en train de subir les pires conséquences sanitaires et économiques de la pandémie. Le pays déjà avant le coronavirus, faisait face à une situation économique pleine d‘urgences budgétaires et à un environnement international très difficile qui étranglait ses comptes extérieurs. À première vue, la gravité de la crise sanitaire en Équateur s‘explique par les coupes brutales et irresponsables des investissements dans le domaine de la santé publique par le gouvernement du président, Lenín Moreno. Sur les 353 millions prévus au plan santé 2017, il est passé à 302 millions en 2018 et 186 millions en 2019 ; une baisse qui est aggravée par l‘incapacité d‘exécuter le montant du budget alloué – également en raison des pressions dérivées de l‘austérité budgétaire -, ce qui s‘est traduit par un investissement réel de 241 millions en 2017, 175 millions en 2018 et 110 millions en 201913.

Étant donné que le coronavirus a surpris les systèmes de santé de la planète, la décision d‘établir une quarantaine, en particulier dans les plus grandes villes, est raisonnable pour tenter de ralentir l‘avancée de la pandémie. Rester à la maison, oui, mais la question est : qui peut rester à la maison et survivre en Équateur ? Nous pouvons voir combien il est difficile de rester en quarantaine à la maison, même s‘il y a certains conforts et aucune pression économique. Il est donc beaucoup plus complexe pour les groupes structurellement non protégés qui n‘ont pas de logement adéquat, de revenu stable ou d‘épargne et qui vivent dans des conditions vraiment sous-humaines, dans les bidonvilles ou dans la rue14.

Combien de personnes en Equateur ont un revenu stable ? Nous savons que plus de 60% de la population économiquement active, soit environ 5 millions de personnes, n‘ont pas d‘emploi adéquat. Cela signifie que le plus grand nombre de ces personnes vivent au jour le jour. Ce sont des vendeurs de rue, ce sont des maçons, ce sont des tailleurs, ce sont des couturières, ce sont des chauffeurs, ce sont des gens qui dispensent des soins dans différents domaines et services. Tous ces gens ne sont absolument pas protégés. À mesure que l‘infection se propage, elle montrera également des taux de mortalité et de contagion en termes de classe, creusant les différences entre la ville construite, celle des groupes aisés et la ville des constructeurs, souvent celle des bidonvilles15.

La pandémie, alors, d‘une part, révèle la réalité de l‘injustice sociale, des inégalités sociales, d‘une manière brutale, et d‘autre part, conduira à une augmentation de la pauvreté. La CEPAL anticipe déjà bien16  que l‘impact du coronavirus pourrait provoquer une augmentation de 35 millions de pauvres en Amérique latine, sans tenir compte de l‘impact de la grave récession économique mondiale qui s’est produite depuis avant l‘apparition du coronavirus. Et l‘Équateur, dans les scénarios d‘organisations multilatérales, comme la CEPAL elle-même ou le FMI17, apparaît comme celui qui subira le plus grand impact de cette crise liée à la fois à la pandémie et à la récession. Le gouvernement donne également des indicateurs à cet égard. Par exemple, son vice-président Otto Sonnenholzner prévoit que le coût de la pandémie pourrait représenter 10 ou 12% du PIB18.

En Équateur, une inégalité marquée persiste dans la répartition des biens en général, et des terres en particulier. Certaines estimations avec des informations primaires de l‘INEC indiquent qu‘en 2017, le coefficient de Gini sur la répartition des terres dépassait 0,8 point. Auparavant, une grande partie des paysans et, en particulier, des peuples autochtones pouvaient maintenir, d‘une certaine manière, un niveau de plus grande autosuffisance, avec laquelle ils auraient pu en quelque sorte se distancier de ce monde rendu fou par l‘accumulation de capital, qui est là où le coronavirus apparaît. Aujourd‘hui, les paysans et les peuples autochtones sont de plus en plus liés à la logique du marché et malgré le fait qu‘ils produisent de la nourriture, ils souffrent de la faim. Cela s‘explique par le fait qu‘ils obtiennent de plus en plus leurs produits par le biais de monocultures. Ils ont perdu une grande partie de la capacité d‘avoir leur jardin – leur ferme – avec de multiples produits, avec lesquels ils pourraient répondre à leurs besoins alimentaires et même médicinaux. Le scénario est complexe et sans être pessimiste, les perspectives sont de plus en plus sombres. Comme nous l‘avons vu, plusieurs organisations internationales l‘anticipent19.

Théoriquement les deux pays, le Luxembourg et l’Equateur, font partie d’une même organisation censée orienter et donner des recommandations de validité planétaire. On a clairement vu que les contextes économiques, sociaux et écologiques ont déterminé les capacités de réponse. Néanmoins le besoin d’une organisation internationale avec des capacités de faire face à la pandémie est plus nécessaire que jamais. Nous devons être clairs et réactifs dans tout ce qui concerne l‘action de l‘OMS (Organisation mondiale de la santé). Il n‘est pas acceptable qu‘une agence des Nations Unies ayant un rôle aussi important à jouer à l‘avenir ne dispose que de 18% de son budget sous forme de recettes provenant des États Membres, tandis que les 82% restants proviennent de donateurs privés, Bill and Melina Gates Foundation en premier lieu suivis, par les sociétés pharmaceutiques. Sans remettre en cause les capacités techniques et scientifiques de l‘OMS, qui sont très élevées, le modèle de gouvernance de cette organisation, qui doit être pleinement publique et pleinement indépendante dans sa capacité d‘analyse en ces temps, n‘est pas acceptable. Une situation comme celle qu’on vient de subir avec 196 membres de l‘OMS donnant 196 réponses différentes ne devrait jamais se reproduire. Il faut que dans le respet des différences de chaque contexte national ou continental une coordination mondiale la plus étroite possible devienne la régle et pas l’exception.

*Antoni Moliner is Active Senior on Public Health for the European Commission, Member of the Luxembourg National Committee for Rare Diseases and Member of the Board of ALAN-Maladies Rares LuxembourgMember of the Scientific Committee of FEDER Spain

Sources
1http://www.cepii.fr/PDF_PUB/lettre/2020/let407.pdf
2http://www.economiematin.fr/news-dette-souveraine-etats-entreprises-corporate-comparaison
3https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/La-Banque-mondiale-table-sur-une-contraction-de-5-2-de-l-economie-mondiale-en-2020–30740684/#:~:text=La%20Banque%20mondiale%20table%20sur%20une%20contraction%20de%205%2C2,l‘%C3%A9conomie%20mondiale%20en%202020&text=Pour%20les%20%C3%A9conomies%20avanc%C3%A9es%2C%20d%C3%A9taille,3%2C9%25%20en%202021.
4https://www.humanite.fr/la-commission-europeenne-demande-63-fois-aux-etats-de-reduire-les-depenses-de-sante-denonce-687250
5 http://www.cepii.fr/PDF_PUB/lettre/2020/let407.pdf
6 https://eurodad.org/covid19_debt2
7 https://www.straight.com/news/1374996/video-naomi-klein-coronavirus-capitalism-and-how-beat-it
8 https://weeklyworker.co.uk/worker/1295/coronavirus-and-capitalism/
9 N.Wolfe The viral storm Londres 2011
10 https://xes.cat/2020/06/04/definim-juntes-el-pla-daccio-de-less-davant-la-crisi/
11 https://www.brennpunkt.lu/article/dereglement-climatique-et-sante-c%cc%a7a-va-franchement-mal/
12 https://dei-lenk.lu/2020/04/27/carnet-de-crise/
13 https://ecuadortoday.media/2019/05/02/salud-en-epoca-de-austeridad/
14 https://www.sinpermiso.info/textos/el-coronavirus-en-los-tiempos-del-ecuador
15 https://www.sinpermiso.info/textos/el-coronavirus-en-los-tiempos-del-ecuador
16 https://repositorio.cepal.org/bitstream/handle/11362/45337/4/S2000264_es.pdf
17 https://www.primicias.ec/noticias/economia/mexico-ecuador-mas-golpeados-crisis-covid-fmi/
18 https://www.vistazo.com/seccion/pais/actualidad-nacional/pandemia-puede-costar-ecuador-hasta-10-o-12-del-pib-cree
19 https://www.sinpermiso.info/textos/el-coronavirus-en-los-tiempos-del-ecuador

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