Une autre digitalisation est possible !

Le nouvel ordre mondial est marqué par l’importance croissante des technologies numériques et par la concentration du pouvoir entre les mains de ceux qui les développent et les contrôlent. Contredisant l’esprit originel du numérique, fondé sur l’interconnexion et la co-gouvernance, le digital contemporain s’est progressivement éloigné de sa promesse émancipatrice pour devenir à la fois un facteur et un révélateur d’inégalités. 

Les infrastructures numériques reposent aujourd’hui sur des chaînes d’extraction et des modèles économiques qui reproduisent des anciennes inégalités. Le numérique n’est plus seulement un ensemble d’outils technologiques : il redéfinit la nature même du pouvoir. Au-delà des dimensions militaires ou économiques, il façonne désormais les récits, influence l’opinion mondiale et oriente les imaginaires collectifs. Pourtant, ce paysage géopolitique centré sur la technologie occulte ses propres déficiences : c asymétries Nord-Sud
autour de la concentration des matières premières et du pouvoir, impacts environnementaux
invisibilisés et reproduction de logiques néocoloniales. La digitalisation a favorisé l’implantation d’infrastructures numériques dans des contextes où la permissivité juridique est synonyme d’opportunité économique, laissant les populations des pays concernés supporter les coûts humains, sociaux et environnementaux. Pervers, il perpétue la fiction d’un futur technologiquement salvateur. 

C’est précisément dans ce contexte que le Sud global propose d’autres voies possibles. Un récit porté par des initiatives locales, des mouvements sociaux, des communautés scientifiques, féministes, indigènes ou citoyennes, qui ouvre la voie à une réappropriation du numérique. De la technodiversité aux innovations communautaires, en passant par les pratiques de sobriété, de réparation ou de co-création, se dessine une autre manière de faire vivre le numérique dans les sociétés.

Ces alternatives sont des laboratoires : elles montrent que le numérique peut soutenir des formes d’émancipation, de justice sociale, de solidarité et de sobriété, à condition de rompre avec les logiques extractives et les dépendances qui ont structuré son développement jusqu’ici. Elles rappellent que le pouvoir technologique peut être contesté, transformé, réapproprié. Comme le souligne une contribution de cette édition : « La transition digitale sera ce que nous en ferons. »

 

Notes 

Eugenio V. Garcia, « Technology for Whom and for What ? A Global South View of Tech Diplomacy », Tech Diplomacy: Technology, Agency, Order, Global Policy, 2025. Consulté le 12 novembre 2025. Accessible à travers https://onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1111/1758-5899.70024

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